Sylvain, tu connaîtras maintenant la raison pour laquelle je veux toujours te rejoindre chez toi et monter, même si ces marches vont finir par me tuer !

Ne me dites pas que vous ne la connaissez pas. Cette odeur si particulière, si française, celle des vieilles allées d’immeubles. Celles chez le médecin de famille, chez ce copain qui vivait dans le centre historique, chez les grands-parents. Pas l’odeur lisse et sans âme des halls modernes, aseptisés par les matériaux composites et la peinture fraîche — qui, au mieux, évoquent un showroom Ikea, et au pire, déclenchent un mal de tête.
Non, je parle de ces allées anciennes, parfois centenaires, avec leurs portes en bois massif qu’il faut pousser à deux mains, comme on ouvrirait une porte sur un autre temps. Le métal froid de la poignée, le grincement presque théâtral des gonds, tout contribue au charme. Ces portes ont tout vu : les départs à l’aube, les retours tardifs, les lettres d’amour glissées sous le paillasson. Elles portent en elles les strates de mille vies — et toujours les mêmes histoires, rejouées d’une génération à l’autre.
Une fois la porte franchie (et votre séance de musculation involontaire accomplie), l’odeur vous assaille. Ça sent le vieux, le froid, l’humide, le suranné. En hiver, le hall vous glace. En été, il offre une fraîcheur bienvenue. Et aussitôt la porte refermée, les bruits de la rue disparaissent comme engloutis dans un autre monde.
Parfois, l’odeur est plus mordante — elle pique le nez, évoque le renfermé. Alors on monte vite. Et les jours de ramassage des poubelles, inutile de s’attarder… Mais bien souvent, on reste. On ralentit le pas. On se laisse envelopper par cette signature olfactive qui n’appartient qu’à ces lieux-là.
Ce n’est pas une odeur agréable, à proprement parler. Ce n’est pas non plus une odeur qu’on chercherait à reproduire. C’est une odeur qui existe, qui insiste. Une odeur unique, forgée par le passage du temps. Une odeur qui vous rappelle que d’autres ont vécu ici, avant vous — et que vous n’êtes qu’un souffle de plus dans cette longue respiration des murs.
Les lieux nous imprègnent tous à leur manière. Et souvent, c’est lorsque l’on ne s’y rend plus -ou moins- que l’on prend conscience de cet état de fait. Pour ma part, il y à des vieilles maisons en Ardèche (elles se reconnaitront 😉) qui me procurent ce sentiment. Les vieux immeubles en ville nettement moins. Sauf quand je rentre de vacances ou week-end et là… c’est indescriptible. Un seul sens sollicité et on sait où on se trouve. Le charme de l’ancien que le neuf se construira avec le temps.
Merci pour ce partage ! Tu as entièrement raison. Bien souvent, il faut être partie, avoir pris de la distance physique ou mentale avec les lieux, les choses et les gens pour prendre conscience de leur impact sur nous.