Le Projet

Née à Lyon, j’ai passé la première partie de ma vie entre cette magnifique ville et un petit coin de paradis en Ardèche, effectuant mille allers-retours au gré des saisons et des envies. Puis, la deuxième partie de ma vie a pris racine aux États-Unis, après une expatriation pour retrouver l’être aimé. Quatorze ans plus tard, je vis toujours à Dallas avec mon mari, nos deux enfants et notre chien… Life is beautiful!

Le Projet

Il y a quatorze ans, j’ai rangé mon existence dans deux valises et je suis partie vivre aux Etats-Unis. Un billet simple en poche et l’être aimé à la clef. Quel sentiment de liberté de voir sa vie résumée à deux valises !

La France, ou du moins ma vie en France, était devenue un spectacle trop bien réglé, où tout se jouait à heure fixe. Tous ces lieux si connus et parcourus étaient d’un ennui à mourir, parfois même des obstacles. Ma vie en France avait perdu son attrait et sa capacité d’émerveillement. L’exil choisi allait donc être mon sauveur. Ce nouvel horizon m’apporterait renouveau, aventures et peut-être même libération. Qui n’a jamais rêvé d’être au monde tout en étant en dehors de celui-ci ? Ne pas lui appartenir mais juste l’observer. Quel sentiment de repos ! Quelle illusion également, je l’entends bien…

Mes deux premières années passées aux États-Unis m’apprirent, à force de désorientation et de larmes, que l’exil qui devait être ma libération allait finalement faire mon aliénation. Du moins temporairement… Outre le fait de devoir réapprendre toutes les normes et règles de mon pays d’accueil, mon plus grand bouleversement durant cette période fut de réaliser pleinement : Que j’appréhende le monde non à travers mon cœur ou ma tête mais bien à travers mes cinq sens ! Je vous l’accorde, cela peut paraître tout simple, et pourtant…

Je pense donc je suis ! Quelle mauvaise blague ! Sincèrement, quelle réduction, quelle simplification ! Les choses sont bien plus complexes, et j’aime plutôt dire :


Je sens donc je suis,

Je goûte donc je suis,

Je vois donc je suis,

J’entends donc je suis,

Je touche donc je suis.

Durant ces deux premières années, la boussole de mes cinq sens perdit le nord.

Mes sens me trahissaient ! Eux qui m’avaient été si précieux, si utiles ; eux qui étaient si chers à mes yeux avaient changé de camp, sans même que je ne m’en rende compte.

Un exemple précis : mon aiguille de l’odorat ne pouvait plus clairement m’indiquer les odeurs. L’aiguille pointait bien vers une direction – Ceci est le nord ! Non, peut-être plutôt le nord-est, ou bien même l’est ! – tout en ne pouvant réellement s’ajuster à mon Nord mental. L’aiguille n’arrêtait presque jamais de vaciller, elle ne pouvait plus indiquer la bonne résonance. Comme si les informations que mes cinq sens recevaient ne correspondaient plus à aucun spectacle connu. Il me fallut du temps pour comprendre cette bataille intérieure et ce qui se jouait réellement à travers ce déboussolement. Une sensation tellement charnelle…

Je me trouvais déconcertée au jour le jour par ces odeurs que je n’arrivais pas à identifier, ces goûts qui ne correspondaient à rien, toujours trop sucrés ou trop salés. Par ces spectacles visuels que je ne pouvais pas clairement identifier ou classifier. Mes sens me trahissaient.

À cette époque, plus de mille fois, je me retrouvais à fermer les yeux en essayant de retrouver mentalement ces odeurs, ces visions, ces textures et ces sons qui me transporteraient en France. Cette France qui était passée d’obstacle à paradis sensoriel perdu. Cette France de mes cinq sens, qui soudain, me manquait plus que de raison.

C’est alors qu’après un voyage estival de six semaines en France et de retour aux États-Unis, me retrouvant une fois de plus dans une confusion sensorielle sans nom, la nécessité d’écrire m’est venue.

Parfois, il faut écrire pour ne pas hurler, pleurer ou perdre sa santé mentale… À ce moment-là, l’écriture fut ma thérapie. Des bribes sur du papier pour revivre encore une fois mon pays, pour ne pas l’oublier. Pour ne pas oublier mon identité.

Je voulais rendre hommage à cette France des sens qui me manquait.

Puis il y a eu mes enfants, eux qui ne connaîtront jamais la France comme leur pays d’origine. Avec leur arrivée, j’ai eu alors cette envie primale de leur laisser une trace de ce qu’était ma France. Alors, une fois de plus, j’ai posé les mots sur le papier pour qu’un jour, ils puissent me lire et qu’ils « comprennent ».

Enfin, l’année 2020 a sonné. Quelle étrange année ! Pas de retour en France pour la première fois depuis une décennie. Quelle tristesse, et surtout une autre réalisation : la France me manque ! Je suis de nouveau dans un désert sensoriel… Alors pour faire l’expérience de cette France, pour essayer de la revivre, j’ai ressorti le papier.

Pour pouvoir faire le tour de la France de mes cinq sens, j’ai donc choisi quelques goûts, images, odeurs et quelques sensations et sons qui, pour moi, sont ma France. Je vous invite à faire de même, cela peut être un exercice assez intéressant ! Posez-vous et réfléchissez. Quelles sont ces quelques odeurs, ces quelques sons, qui représentent votre France ? Si vous deviez choisir trois images qui résonnent en vous « FRANCE »… Puis dites-moi, faites-moi rêver !

En aparté mais important :

Je voulais simplement prendre quelques lignes pour préciser que je n’entends pas décrire la France, si tant est que cela soit même possible. Car quelle entreprise réductrice et illusoire cela serait ! Il n’existe pas une France, mais bien des milliers, des millions de France. La tienne, la France d’il y a vingt ans, la France de leur jeunesse, la leur… Je ne dépose ici que la mienne…