Ma cliente est sur le dos. Je contacte tout en bienveillance son psoas, et là au bout de quelques secondes, cette odeur d’épice douce, qui vient envahir ma tête, mon nez : j’entre en contact avec son psoas. Mon cerveau rationnel prend le dessus et me refait vivre un voyage en Afrique du Nord.
Il faut bien faire du sens, catégoriser, ranger, faire résonance… J’ai alors des images et des odeurs de souk qui avaient éveillé en moi, à l’époque, des curiosités… Petit retour en arrière…
L’odeur est là et ne veut plus me quitter. Elle me rappelle à ce psoas qui demande à être écouté, à être touché ; qui tout en douceur cherche un appui pour trouver de l’aide et se libérer.
Il y cette tension, entre mon nez et mes mains. Mon nez avec ces senteurs d’épices douces, et mes mains avec ce psoas qui voudrait du soutien. Sa demande est toute en douceur, presque timide ; néanmoins elle est bien là, et mes mains ne peuvent que répondre, ne peuvent que se mettre au service…
Parfois les corps sont très bruyants dans leurs demandes, parfois pas… A cet instant, cette demande est presque inaudible. Alors mon attention n’a de cesse de faire les allers-retours entre ma main, mon nez, mon nez, ma main. Tellement d’informations ! Cette odeur est bruyante, presque à m’hurler dessus ! Mais mes mains sont en contact avec quelque chose de profond. Alors, façon un peu fragmentée, mais tout en entièreté, j’essaie de rester de partout à la fois.
Je demande alors à ma cliente : « Vous avez déjà voyagé au Moyen-Orient ? »
Elle me répond immédiatement : « Non, le plus loin ou j’ai été, ce sont des iles grecques, tout à l’est dans la mer Méditerranéenne. »
Petite erreur… La boussole des sens et du sensible ne sont pas toujours bien aiguillées…
Puis, elle me demande du tac au tac : « Pourquoi ? Pourquoi cette question ? »
Je lui explique alors, avoir senti cette odeur.
Elle lève la tête, me regarde en me souriant en me dit : « C’est mon mari, il est Marocain ».