Clavicule et cannabis

            Je reçois un jeune homme d’à peine une vingtaine d’année. Quel changement ! En générale, ma clientèle est principalement composée de femmes. Alors, quand une star montante de football américain, qui a été repéré par les universités et qui fait la fierté de son équipe et de la ville se retrouve sur ma table, je suis quelque peu étonnée !

            Un jeune homme très souriant, tout frais et tout pimpant, avec une grande mèche de cheveux qui lui couvre la moitié des yeux. Il me met un sourire au visage, ce gamin. C’est beau la jeunesse !

            Il vient en quête de relaxation. Je regarde les papiers qu’il a pris soin de remplir, sur la liste des blessures et hospitalisations rien… Ah la jeunesse ! Les maux viennent avec les expériences, car avec elles nous accumulons la sagesse mais à petit feux, nous perdons cet élan primitif de vie.

            Il s’est allongé sur le ventre, je commence à travailler, cette épaule droite retient mon attention mais sans plus, la session continue comme elle a commencé ; dans le silence, sans perturbations, ni point d’interrogation. Je suis juste quelque peu pensive devant ce corps qui ferait pâlir d’envie les habitués des salles de gym et leurs miroirs. Ils le trouveraient certainement approchant la perfection, ce corps. Mes mains cependant, perçoivent surtout des articulations avec très peu de marge de manœuvre et un corps très confiné en ses barrières physiques.

            Une fois qu’il est retourné, je pose mes mains sur le haut de ses pectoraux et entre en contact avec ses clavicules. Tout bascule alors très vite, sa clavicule droite est complètement figée. Ma main droite s’arrête instinctivement et cette odeur de cannabis envahie tout mon être.

            Sans doute à cause de ma pause, ou de l’interrogation de mon toucher, mon client ouvre les yeux et me précise qu’au cours des deux dernières années, lors de match, il s’est cassé deux fois la clavicule…

            La dernière fois, pas de rééducation, pas de kiné… Le temps manquait… Il fallait retourner à l’entrainement au plus vite et jouer les matchs… Tout le monde comptait sur lui…

            Je continue mon travail, encore plus pensive… Je n’ose imaginer ! Que sera ce corps dans 10 ans, 20 ans… ?  Une petite tristesse m’envahie… Ah la jeunesse…

            A la fin de la session je lui suggère d’essayer le yoga, le Pilates ou le stretching et surtout je l’encourage à prendre soin de son corps, à trouver un ostéopathe ou un Kiné…

            Je me demande toujours à ce jour, si le cannabis était son moyen d’automédication, face à ce corps en souffrance… Je n’ai pas osé demander…

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