
Depuis que je vis aux États-Unis, il m’est arrivé de croiser, à de rares occasions, des expériences olfactives qui m’ont transportée outre-Atlantique. Une boulangerie française aux parfums généreux, nichée dans un quartier de Dallas ou du sud de la Californie. Une promenade avec mes chiens, et l’effluve d’un plat mijoté s’échappant d’une cuisine, comme une réminiscence familière…
Mais il y a une odeur que je poursuis depuis plus de dix ans — une que je n’ai jamais retrouvée ici : celle des bars-tabacs français. Une odeur absente à chaque détour, chaque carrefour, chaque recoin de mon quotidien américain. Je me suis résignée… Alors, lors de mes séjours en France, je fais le plein. Si, un jour, vous croisez quelqu’un qui entre dans un bar-tabac, qui inspire profondément, puis qui ferme les yeux et sourit sans raison apparente. Soyez indulgents. Ne pensez pas à un problème quelconque. Il s’agit probablement d’un expatrié en quête de mémoire.
Il faut dire que l’odeur des bars a changé. Il y a eu un avant et un après. Pré-2008 et post-2008 : la cigarette a déserté les lieux. Le tabac froid, omniprésent autrefois, n’est plus. Il subsiste dans quelques bars reculés, en campagne, mais il devient rare.
Oui, même les odeurs changent. Les lieux se transforment à mesure que les lois, les mœurs et les modes évoluent. Rien n’y échappe. Aujourd’hui, les vapeurs de cigarettes électroniques ont remplacé celles de Gauloises ou de Gitanes. Elles diffusent des parfums vanille, caramel ou fruits de la passion. Il faut s’adapter, dit-on…
Mais revenons à cette odeur que je cherche. Comme son nom l’indique, un bar-tabac, ça sent l’alcool. Mélange subtil de mousse, de rouge, de pastis. Et, autrefois, de tabac — mais ça, c’était avant. Cette combinaison singulière, je ne l’ai jamais retrouvée aux États-Unis. Difficile à dire si elle était réellement plaisante… mais elle était là, reconnaissable entre toutes. Et pour moi, essentielle.
Dans les bars-tabac ou tabac-presse, l’odeur peut être plus discrète, plus feutrée. Pas forcément alcoolisée. Mais une chose demeure : l’odeur de la presse écrite. Faites le test. Entrez chez un marchand de journaux, approchez-vous des magazines, des quotidiens, de cette espèce en voie de disparition qu’est le journal papier. Il a son odeur, unique, inimitable. Vous voyez ? Vous le saviez déjà, n’est-ce pas.