Le son des cloches


Avec l’aimable autorisation et le copyright de : Mes Petites Madeleines

Il y a un son que je me languis d’entendre toute l’année. Et lorsque l’été revient en France, quel ravissement ! Plus besoin de montre ni de téléphone : les clochers, surtout dans les campagnes, rythment le quotidien, nous ramènent à l’essentiel. Ils nous rappellent, toutes les heures — parfois toutes les demi-heures — que le temps s’écoule. Les cloches sonnent, et instinctivement, on s’arrête pour compter. Juste pour s’assurer que l’on n’a pas perdu le fil.

Il y a le son qui nous fait dire : « Déjà ? » ou, à l’inverse, « Seulement ? » Comme si la cloche elle-même venait souligner l’étrangeté du temps, cette chose qui s’étire ou s’effondre, rarement en accord avec notre rythme intérieur.

Parfois, ce son réapparaît un jour où le temps semble suspendu. Il vient nous rappeler que le monde continue, que les heures passent quoi qu’on en pense — et qu’il faut suivre le mouvement. Il agit comme une main discrète sur l’épaule : « Le jour avance, tu es encore là. »

Il y a les cloches des nuits chaudes, celles des insomnies. Parfois elles réconfortent : on s’est enfin endormi, quatre heures d’affilée, c’est presque Noël ! Mais le plus souvent, elles rappellent que le sommeil nous échappe — encore une heure de passée, encore une de plus. Le matin, au petit déjeuner, cette phrase revient : « J’ai entendu toutes les heures cette nuit… »

En ville, on peut tenter de cacher son réveil, ignorer son téléphone, résister à l’envie de vérifier l’heure pour la dixième fois. Mais à la campagne, on n’a pas le choix. Et parfois, ne pas avoir le choix, c’est un soulagement. Pour être honnête, il y a des nuits où ces clochers me rendent folle. Mais en vérité, je les chéris plus que je ne les redoute.

Chaque été, je me permets d’oublier mon portable, de ne pas porter de montre. Parce que je sais que ce clocher veillera pour moi. Qu’il me libérera, discrètement ou bruyamment, du diktat du « Quelle heure est-il ? » — ou plutôt « C’est quelle heure ? » à la lyonnaise. Il devient compagnon invisible, discret gardien du rythme, me rappelant que le temps file, que mon été français glisse entre les doigts, plus vite que je ne le voudrais.

Je n’ai jamais entendu de clocher aux États-Unis. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas. Mais là où je vis, les églises sont partout, et pourtant, aucune ne donne l’heure. Leur silence me laisse un peu orpheline.

2 commentaires sur « Le son des cloches »

  1. Oh, Jenny; Have you heard the bells in Viroqua? There is an old church, not so far from the coffee shop, that still rings the bells at each hour. One can tell the time by counting how many times it chimes.

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