La partie de pétanque et ses sons

Pour ma tante (reine du gratin de choux-fleurs) et mon oncle la banarde. En souvenir de ces parties ardéchoises, et ces parties dans le Verdon.

La pétanque et les boules qui claquent. Avec ses piquettes, ses Fannys, ses parties interminables et ses fameux « On remet ça ». Sans oublier l’indémodable : « Tu tires ou tu pointes ? » C’est cliché — je le reconnais — mais c’est aussi profondément vrai. On l’a tous entendu, dit, ou au moins pensé.

Quoi de plus estival que ces parties de pétanque, ces boulodromes et tous les sons qui s’y rattachent ? Vous souriez peut-être. Encore un cliché ? Oui, sans doute. Mais quand je pense à la France et aux sons qui me manquent, c’est bien celui-ci que j’entends dans ma tête.

Il y a ces parcs, partout. Que l’on soit en centre-ville ou au fin fond de nos campagnes, il existe toujours un coin de terrain propice. Un boulodrome, si l’on a de la chance. Mais souvent, un simple bout de chemin suffit.

Dans ces lieux, les groupes se forment. Majoritairement masculins, certes, mais les femmes sont bien là — ne les oublions pas. Des jeunes, des moins jeunes, des anciens. Les équipes se font, parfois au hasard d’une pièce lancée, parfois avec des boules échangées dans un petit ballet improvisé autour du cochonnet.

Fermez les yeux un instant. Vous l’entendez, cette partie ? Les boules d’acier produisent leurs sons singuliers. Et les voix fusent : « Elle est belle ! », « Mais c’est pas possible… », « On est maudit ! », « Prends ça ! » — suivies, bien souvent, de quelques noms d’oiseaux peu diplomatiques. Chacun de nous a cet oncle ou cet ami qui prend la partie très au sérieux, pour qui perdre relève de l’injustice. Certaines parties s’éternisent ; certains joueurs s’emballent, d’autres se lassent.

Et bien sûr, la Fanny. On entendra : « On leur a mis Fanny », « Ils ont pris leur piquette ! » — et parfois, une lune s’invite à la fête… La rumeur enfle autour du score, et la France, dans ces moments-là, semble se jouer en miniature.

Puis vient ce bruit sec, ce choc d’acier sur acier qui suspend tout. Une boule a été tirée, une autre chassée. Le cochonnet frémit. Si la chance est là, une nouvelle boule vient se poser, tranquille, à ses côtés. Ce claquement métallique, pour moi, c’est la France qui résonne.

Et puis il y a ce petit plaisir — étrange, je l’admets : celui de faire rouler deux boules dans la main. Le frottement de leurs striations produit un son hypnotique, presque psychédélique. On pourrait croire à un début de transe. À tester, peut-être… Moi, j’adore.

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