Faire la bise

 J’ai des amis ici, aux États-Unis, bien sûr. Mais rien de comparable avec ceux que j’aime profondément — excepté les membres de ma famille présents ici, cela va sans dire. Il me manque ce tissu affectif tissé au fil des années, ces relations qui portent en elles une histoire longue, partagée, enracinée. Le simple fait de pouvoir toucher ces gens me manque.

Je ne parle même pas des gratouilles sur les bras entre cousines, mais de ce geste quotidien si français : la bise. Il existe mille façons de la faire, et ce sont ces mille petits instants d’intimité qui me manquent. Il y a ceux qui posent réellement leurs lèvres sur la joue — ce contact direct toujours un peu surprenant. D’autres y mettent tellement d’entrain qu’on se sent obligés de s’ancrer au sol, la nuque raide en prévision du choc. Certains font beaucoup de bruit, laissant derrière eux un petit sifflement dans les oreilles.

Et puis il y a ceux qui ne font… rien. Juste le mouvement mécanique du visage. Ils ne sont pas nombreux, heureusement. J’en connais un. Chaque fois, sa bise me laisse perplexe. Sans chaleur. Il a peut-être loupé un mémo culturel. Ou simplement, il ne vient pas du même monde. Je ne lui ai jamais rien dit — j’essaie de respecter les individualités.

Il y a aussi les gens qui vous regardent droit dans les yeux avant la bise. Un vrai moment de connexion. Ceux qui posent les mains sur vos épaules, enveloppant le geste de tendresse. Mais surtout, il y a les bises anodines, celles qu’on ne retient pas, qu’on fait tous les jours. Ce petit automatisme : droite-gauche ou gauche-droite, suivi d’un « Salut, ça va ? » auquel, bien souvent, personne ne répond vraiment. Et c’est précisément celles-là qui me manquent le plus. Cette proximité furtive, tête contre tête, corps légèrement rapprochés. Une intimité physique de quelques secondes, presque invisible — mais qui, lorsqu’on y pense, fait tout. C’est peut-être cela, l’essentiel.

Les bises me manquent… À chacun sa bise, à chaque moment sa nuance. Les bises des joues glacées en hiver, les bises moites de l’été. Je les aime toutes. Et ici, elles me manquent… toutes.

Un avis sur « Faire la bise »

  1. Celles qui ne me manquent pas sont celles l’été, en pleine canicule. Vous savez quand votre joue reste collée à celle de votre interlocuteur…😂
    Croisons les doigts pour que ce geste si banal pour nous ne s’inscrive pas aux rayons des « actes d’autrefois ».
    Vous savez, ce cimetière des cassettes vhs glissé dans le magnétoscope…
    Le machin virulent dont je ne citerai pas le nom (un peu comme Voldemort) nous à déjà bien gâché l’année, gardons en tête que bientôt, nos joues retentiront l’une contre l’autre!

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