Pour mes parents, merci de m’avoir fait connaitre ça.

Comment parler de la France sans évoquer ses campings ? Nous les avons presque tous connus : ceux de l’enfance avec les danses, la piscine, les tables de ping-pong et le club enfants qui animait nos journées. On dormait profondément le soir, nos parents étaient ravis.
Puis il y a eu les campings de l’adolescence : les booms, les soirées dansantes, les premières cigarettes, les premiers baisers, les débuts de tout. Les parents à éviter, les coups de soleil et les grasses matinées. C’était l’avant-goût de la liberté — un grain d’autonomie qu’on ne voulait plus lâcher.
Plus tard, il y eut les campings entre amis ou en couple, sous une petite tente, heureux d’être enfin seuls responsables de nos vacances. Et, avec le temps, on a découvert les bungalows et les mobil-homes. Toujours trop chauds en fin de journée, il fallait tout ouvrir pour espérer respirer. Les serviettes séchaient sur les rambardes, les espaces étaient minuscules — bien trop petits pour le prix, à vrai dire. Mais qu’importe, on recommençait l’année suivante, convaincus que le camping est, décidément, une vraie institution française.
Mais revenons à nos odeurs.
Il y a cette fragrance si particulière qui règne dans les campings — et qui ne se trouve nulle part ailleurs. L’été bat son plein. La journée a été chaude, pleine, joyeuse. Les corps sont salés, parfois brûlants, fatigués mais détendus. Il est entre 18h et 20h, l’heure des douches dans les sanitaires collectifs.
Finies les odeurs de crème solaire, de transpiration ou d’eau de lac — place au propre, aux gels douche.
Il m’est arrive d’entrer dans les blocs de douches, de fermer les yeux et respirer profondément. Une bouffée d’apaisement m’envahissait. J’étais déjà plus propre avant même de m’être lavée. Vanille, coco, fruits exotiques… chaque année, chaque vacancier offrait une nouvelle combinaison. On reconnaissait l’odeur du gel douche de Julie. Je me souvenais alors de Julie, de son odeur, toujours douce, toujours à mettre un sourire sur les lèvres. Julie l’adolescente, puis Julie l’adulte. Vingt ans plus tard et toujours la même facilite à être femme. Toujours maquillée, sans jamais en faire trop. Et cette odeur de féminité.
Tout a coups, je perçois egalement la fragrance bien trop prononcée d’un gel douche pour homme. Première réaction, ça pique le nez ! Pourquoi ? Oh ! Pourquoi ? On devine l’emballage noir, bleu foncé ou rouge. Avec des mots en gros caractères comme : ENERGIE ! VITALITE ! SPORT ! Une fragrance masculine trop affirmée. C’est à se demander si bientôt ils vont oser mettre sur leurs emballages : TRONSONNEUSE ! SCIE SAUTEUSE ! Ou meme PERCEUSE. Alors forcément avec un packaging comme ça, c’est du gel douche pour les hommes, les vrais… C’est fou, ce marketing qui prétend nous vendre la masculinité (ou la féminité) en bouteille !
Et au détour d’une douche voisine, un parfum inédit fait irruption. Le parfum qui s’émane de cette cabine vient d’arrêter le temps. Je me sens comme enveloppée dans une bulle de quiétude. Je me glisserais volontier dans la cabine pour découvrir le nom sur le flacon : sans doute une promesse douce comme rêverie d’enfance ou coton zen. Mais il faudrait du cran pour poser la question à son voisin… Un peu plus de cran, et la vie serait sûrement plus simple.
Il y a aussi ces autres odeurs qui se font de plus en plus courantes, on voudrait essayer de les éviter ! Mais que faire ? Se couper le nez ? Ce sont ces gels douches qui nous donne faim ! Jamais je n’aurais l’idée d’acheter ces gels douches ! Quelle idée ! Ce badigeonné de caramels, de guimauve ou bien encore de sucreries en tous genres. Très peu pour moi, et pourtant, j’avoue qu’à cet instant, quand cet arome sucré arrive dans ma cabine de douche, quelle tentation ! Ça sent comme dans les vieux magasins de bonbons. J’ai alors l’image de mon grand-père me donnant le samedi matin une grosse pièce de 5 francs pour aller m’acheter des friandises au magasin de la rue d’en bas. Demain je vois ce qu’ils ont à l’épicerie, c’est les vacances, il faut en profiter ! C’est aussi ça la magie des campings !
Un feu d’artifice olfactif se déploie dans les douches du camping. Et tout à coup, mon gel douche me paraît fade. Comment ai-je pu passer à côté de tant de senteurs ? Moi qui croyais avoir choisi le parfum parfait…
Puis vient le difficile exercice de rhabillage dans deux mètres carrés. On ressort frais, presque restauré. Prêt pour la deuxième partie de la journée. On a voyagé dans des contrées exotiques, on a revisité nos souvenirs, on a pensé à Julie… mais il est temps de revenir à la réalité.
L’apéro nous attend. Le repas aussi. Et ensuite ? Peut-être un marché nocturne, ou une soirée au camping. Il y aura toujours une animation, c’est l’été. Au pire, une balade en fin de soirée, un livre à entamer ou à reprendre, et puis le sommeil viendra.
Parce qu’en camping, l’été, les journées ne sont jamais trop longues.
[1] J’ai une petite suspicion, les fabricants de gel douche sont de mèche avec les industriels alimentaires.