A la votre! Pour mon père, mes oncles et mes cousins.

Le vin, la bière, le whisky… non. S’il y a bien une odeur de convivialité qui, pour moi, évoque la France, c’est celle du pastis. Certains pensent Bordeaux, d’autres Champagne. Moi, je pense “un bon jaune”. Une affaire de classe, probablement.
Quand je ferme les yeux, je pense au pastis, et aucun cadre précis ne s’impose. Bien sûr, on peut imaginer le Sud, le soleil, les vacances… mais en vérité, le pastis s’invite partout : dans les cuisines, sur les balcons, dans les jardins, en toute saison et à tous âges. Ce grand verre à la robe jaune laiteuse, l’anis qui domine, la réglisse en arrière-plan, cette fraîcheur presque mordante… On sait, à la première conversation, ce que l’autre tient ou a tenu dans son verre : l’haleine parle pour lui. Le pastis, c’est une odeur à double tranchant — fraîche et forte, discrète et inoubliable.
Pour moi, le pastis, c’est la famille. Surtout les hommes : mon père, mes oncles, mes cousins. Il y a bien quelques femmes dans ce paysage, mais je peux presque les compter sur les doigts d’une main. Le rituel de l’apéro, avec ses mauresques, ses tomates, ses perroquets. Et les règles tacites : respecter “la couille”, ne jamais oublier les glaçons — y en aura-t-il assez ? Seront-ils prêts à temps ? Il y a les “noyés”, les “doubles”, les “yaourts”, les “doses ardéchoises”… et tous ceux que je ne connais pas, mais que vous êtes déjà en train de réciter mentalement. Ne m’en veuillez pas pour les oublis. La France est ainsi faite : une constellation de usages, de rituels, de clins d’œil locaux dans lesquels nous déambulons avec nos infinis personnels.
Le pastis me semble une telle institution que j’ai été surprise de ne rien trouver de solide lorsqu’un jour, j’ai cherché un véritable “éloge du pastis”. Quelques chansons, oui — parfois des déclarations d’amour en bonne et due forme — mais rien de littéraire. Si vous avez une référence, je prends. Sinon… prenez un stylo, un carnet. Ce manque mérite d’être comblé.
Impossible de penser au pastis sans penser aux bars français, ceux qui ont tout vu. Les tournées, les habitués, les générations qui se succèdent et s’y attablent pour boire — parfois sans mesure — ce verre si emblématique. J’espère qu’un jour, mes fils le connaîtront. Et, pourquoi pas, l’apprécieront. Toujours avec modération, bien entendu.